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Le lin, une affaire régionale

En Hauts-de-France, 2e région française productrice de lin, industriels et chercheurs se rassemblent pour valoriser cette matière première. En témoignent les exemples de la coopérative Calira et de Flaxcomposites, qui parient tous deux sur ce matériau multi-facettes.
Yves Ducrocq, le président d’NFID et Jean-Louis Verbrugge, aux Trophées de l’industrie des Hauts-de-France 2016.
Calira exporte 90 % de sa production en Chine, et souhaite trouver de nouveaux débouchés régionaux et européens.

Calira et ses nouveaux marchés du lin

Première poductrice de fibreslongues de lin, la France exporte ensuite la majorité de sa production en Chine pour alimenter le marché textile. La coopérative Calira a décidé d'intégrer le programme Sinfoni pour trouver de nouveaux débouchés.

Implantée à Martainneville (Somme), la coopérative Calira regroupe 430 producteurs de lin. En 2016, la production a atteint 8 000 tonnes pour 5 700 hectares cultivés. 80 % des fibres longues vont ensuite en Chine ou en Inde pour être transformées en fil. « Aujourd’hui, le système fonctionne correctement, mais il faut penser à l’avenir et dépendre d’un seul gros marché n’est jamais très bon », note Vincent Delaporte, directeur de la coopérative.

Parier sur de nouveaux débouchés

Calira a donc intégré en 2012 le projet Sinfoni initié par la société Fibres Recherche Développement, l’Ecole nationale supérieure des mines de Douai et l'Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles (ENSAIT) de Roubaix. L’initiative, qui a pour objectif de créer les conditions d’utilisation à grande échelle du lin et du chanvre, bénéficie d’un budget de 14,5 millions d’euros sur 5 ans, rassemble 14 partenaires industriels ainsi que 6 partenaires académiques et a été labellisée par les pôles de compétitivité IAR, Techtera, et UP-tex. « L’objet de Calira est de valoriser les produits issus de la paille de lin, comme la fibre longue qui est le produit noble et la raison de notre activité puisque c’est la partie qui est exportée en Chine pour faire du fil. Mais il y a aussi la fibre courte, les paillettes, les graines et la poussière de lin », souligne le directeur de Calira.

établir un cahier des charges

Si l’utilisation du lin dans les agro-matériaux, le matériel sportif ou l’automobile ne représente que 0,5 % du marché, Sinfoni a pour ambition de développer ces utilisations tout en garantissant l’apport de la matière aux industriels. « L’enjeu pour nous, c’est de bien se comprendre avec les industriels. On se voit comme fournisseurs d’ingrédients répondant à un cahier des charges, mais il est important que les industriels comprennent que le lin est un produit naturel, vivant, dont les caractéristiques peuvent varier. D’où l’importance d’établir un dialogue clair », pointe Vincent Delaporte.

Contact : 03.22.28.51.09

Flaxcomposites, une success story à base de lin

A partir de bouchons de liège et de fibres de lin, Nicolas Malaquin a imaginé un panneau en lin entièrement recyclable et biodégradable. Aujourd’hui, Flaxcomposites se décline autour d’une marque, d’un brevet et d’un produit.

En 2011, Nicolas Malaquin, diplômé en commerce international, intègre la filature de lin Safilin à Armentières. Là, il développe les marchés traditionnels (habillement, ameublement) et innovants (composites). Il participe même à la création d’un trimaran en liège, lin, balsa et résine. Un projet imaginé par le navigateur Roland Jourdan : « J’ai alors compris qu’il y avait un intérêt de diversification de la filière agricole, mais aussi un intérêt industriel et créatif », raconte Nicolas Malaquin.

Etablir un cahier des charges

Il décide alors de tenter l’aventure entrepreneuriale et rejoint l’incubateur Innotex, hébergé au Centre européen des textiles innovants (CETI) de Tourcoing, en 2014. Avec un fonds de 25 000 euros, financé à 85 % par le Conseil régional Hauts-de-France et 15 % sur fonds propres, Nicolas Malaquin imagine « Innolin » : un panneau sandwich composé de liège recyclé sur lequel est apposé un tissu de lin avec l’aide d’une résine végétale issue d’amidon de maïs. « De la fibre au tissu, la traçabilité est établie et tout est fait en Europe, ce qui était une vraie volonté de départ », explique l’entrepreneur qui propose un produit non-polluant, entièrement recyclable et biodégradable. Tout le processus est entièrement externalisé, de la R&D aux tests de résistance au feu, l’entrepreneur a sollicité des partenaires extérieurs, tous locaux. Après plusieurs essais, l’entreprise Flaxcomposites naît officiellement au printemps 2016

Applications

Intérieurs de yachts, de camping-cars, mobilier de bureau, maroquinerie, applications médicales… L’Innolin de Nicolas Malaquin est très sollicité. « Il faut faire le tri et parier sur les projets qui offriront une visibilité à l’entreprise », note l’entrepreneur, très présent désormais sur les salons professionnels. Il y a 4 mois, il est passé par le crowdfunding pour offrir des panneaux Innolin à plusieurs écoles de design. « Il faut parier sur l’avenir », s’enthousiasme Nicolas Malaquin, dont le modèle économique, comme il l’explique, n’est pas de fabriquer du matériel ou des meubles, mais de fournir une matière première innovante.

Contact : 03.62.72.61.00, contact@flaxcomposites.com