Dossier

Hauts-de-France, championne de la bioéconomie

Depuis plus de 30 ans, les deux versants historiques de la région Hauts-de-France ont saisi les enjeux que représente la bioéconomie pour le développement et l’attractivité du territoire. Rencontres avec les acteurs du secteur et leurs ambitions pour celui-ci.
Une vue aérienne de la Smart Fabrik, hébergée par l’ENSAM.

Matikem, pôle des matériaux et de la chimie biosourcés


Pôle des materiaux et de la chimie biosourcés
De gauche à droite : Olivier Varlet et Antonio Molina, respectivement directeur général et président de Matikem



Sur le versant nord des Hauts-de-France, le pôle de compétitivité Matikem, créé en 2005, s’intéresse aux matériaux biosourcés pour des usages aussi variés que l’emballage, l’industrie graphique, les arts de la table, l’agro-alimentaire, la plasturgie, les transports ou encore le bâtiment… Et accompagne de nombreux projets, de la R&D jusqu’à la mise sur le marché. « Les pôles de compétitivité ont été créés pour développer l’emploi. Aujourd’hui, il existe une source de recherche académique énorme, qu’il nous faut connecter avec les usages des industriels. Le problème est de savoir comment passer de l’un à l’autre. Il faut décloisonner la notion de recherche et faire travailler les gens ensemble », souligne Antonio Molina, Président du pôle. C’est dans ce cadre et celui de REV3 qu’a été imaginé le programme structurant Verem centré sur les matériaux complexes. « Lorsque l’on a la chance de trouver des choses par le biais de la recherche, cela ne se traduit pas aisément en produits et services innovants, et donc en emplois…Articulé autour de Matikem, le programme Verem vise à faire évoluer ce système, en permettant aux écoles, aux universités, aux laboratoires et aux entreprises de travailler ensemble, et en créant des démonstrateurs pour apporter la preuve de concept indispensable au processus », résume Olivier Varlet, directeur général de Matikem. Une collaboration vient de débuter dans ce cadre avec des constructeurs automobiles et équipementiers de la région.

…Et l’IAR, pôle de la bioéconomie et des agroressources


Thierry Stadler, président de l’IAR



« En 2005, quand le pôle de compétitivité Industries Agro-Ressources (IAR) a été créé, le terme de bioéconomie n’existait pas. Il se trouve que les 4 thèmes que nous développons (les biomolécules, les bioénergies – biocarburants et méthanisation –, les agromatériaux et les ingrédients) reprennent exactement la définition européenne de la discipline », note Thierry Stadler, Président de l’IAR. Installé à Laon, le pôle a pour objectif de regrouper en un même lieu des utilisateurs qui, à partir de la matière première (biomasse), s’adressent à différents marchés. Concrètement, il s’agit de décloisonner et de créer des liens entre le monde agricole, la chimie, les industriels et les utilisateurs finaux, notamment dans le domaine du transport ou du bâtiment. « Il y a 10 ans, il n’y avait pratiquement pas de matériaux biosourcés. Aujourd’hui, ils existent, ce qui est une preuve tangible de l’accroissement de ces marchés » souligne Thierry Stadler. Sur le territoire, l’IAR a impulsé la création d’un écosystème autour de la bioinnovation. « Nous sommes sur des marchés nouveaux, avec des technologies nouvelles. Il fallait donc disposer d’outils de démonstration pour montrer les possibilités industrielles et minimiser les risques financiers », ajoute-t-il. La SAS Pivert, qui valorise les oléagineux, ou encore la plateforme Improve, qui transforme les protéines végétales, en sont de parfaits exemples. En plus de projets autour des biocarburants de seconde génération (BioTfueL), l’IAR travaille également sur la méthanisation à la ferme et les protéines du végétal. Pour former les jeunes générations à ces nouveaux métiers, le pôle a également labellisé 52 formations, en partenariat notamment avec l’Université Jules Verne, allant du bac pro au doctorat. « Notre ambition est de contribuer à l’attractivité des territoires. Nous sommes la 1ère région productrice de protéagineux, nous avons tous les industriels pour produire et utiliser les protéines et tous les centres de recherche et les plateformes technologiques pour développer ces sujets », souligne Thierry Stadler. L’IAR, qui compte 350 membres, a depuis sa création labellisé et fait financer 212 projets pour un montant total de 1,525 milliard d’euros.

CEEBIOS, un équipement d’excellence en biomimétisme


Equipement d'excellence en biomimétisme
Biomimexpo, l’événement créé par le CEEBIOS pour populariser le biomimérisme



Les pôles Matikem, IAR et UP-tex sont membres fondateurs du Centre européen d’excellence en biomimétisme de Senlis (CEEBIOS). Imaginé dès 2013, ce centre a permis de créer le premier réseau européen autour du biomimétisme, processus d’innovation qui s’inspire du vivant. Il a également vocation à faire émerger des projets collaboratifs et transversaux. « En plus du site où s’est installée une quinzaine d’entreprises et qui accueille des manifestations comme Biomimexpo, le CEEBIOS apparait déjà comme un expert en France sur le biomimétisme. Des passerelles vers d’autres régions et l’international sont également mises en place », souligne Bernard Deltete, président du Comité économique, scientifique et technique (CEST) d’UP-tex. « On souhaite à terme que dans cet espace il y ait des chefs d’entreprises, des chercheurs, des étudiants, etc. Ce sont les conditions intrinsèques pour que sorte de la valeur ajoutée », note de son côté Antonio Molina, également Président du CEEBIOS, qui prédit que 2017 sera une « grande année » pour le centre.

Focus : Le rôle clé de la Chambre d’agriculture

Sans les 25 000 exploitations que comptent les Hauts-de-France, pas de bioéconomie ! Engagée de longue date aux côtés des pôles de compétitivité et des acteurs comme Extractis, Improve ou la SAS Pivert, la Chambre d’agriculture régionale apporte une aide technique aux agriculteurs dans la production de la biomasse. « Nous essayons de trouver des solutions pour bien produire ces matières premières afin que celles-ci soient rentables et qu’elles rentrent le mieux possible dans le process industriel qui, demain, va générer la chimie du végétal », explique Christophe Buisset, Président de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France. Pour cela, les techniciens de la Chambre accompagnent les agriculteurs sur des sujets comme la production de biomasse en utilisant le minimum d’intrants, ou encore le choix de la matière première à produire en fonction du produit visé. « Nous réalisons également un travail sur les Cultures intermédiaires à valeurs énergétiques [CIVE comme le maïs, les pois ou Sorgho biomasse]. Nous essayons de semer des CIVE entre les productions alimentaires qui pourront demain être récoltées, stockées et transformées en chimie du végétal », ajoute Christophe Buisset. Ces essais, menés en partenariat avec AgroTransfert Ressources et Territoires, sont réalisés sur l’ensemble de la région dans des plateformes dépendant de la Chambre d’agriculture, comme la ferme 3.0 à Péronne. « Nous travaillons sur plusieurs types de sols pour voir quelles sont les plantes les mieux adaptées en fonction de la terre pour la chimie du végétal », conclut le Président de la Chambre d’agriculture régionale.

Contacts : Chambre d’agriculture des Hauts-de-France, IAR, Matikem

IFMAS transforme les contraintes en opportunités

La loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, entrée en vigueur en juillet 2016, a vocation à dessiner la trajectoire énergétique française à l’horizon 2025. Parmi les mesures phares, on retrouve l’augmentation des énergies renouvelables, des mesures anti-gaspillage ou encore l’interdiction des sacs plastiques à usage unique. Autant de contraintes qui peuvent vite se transformer en opportunités.

IFMAS transforme les contraintes en opportunités


Institut Français des matériaux Agro-Sourcés
Le laboratoire de l’IFMAS



« Déjà en 2012, date de création de l’Institut français des matériaux agro-sourcés (IFMAS), l’interdiction des sacs plastiques était dans l’air du temps. Nous avons donc décidé d’anticiper la règlementation en travaillant sur ce sujet, grâce notamment à l’impulsion donnée par des investissements d’industriels, qui sont très proches des marchés », explique François Ténégal, Directeur général d’IFMAS, qui travaille sur des matériaux biosourcés et biodégradables, qui pourraient conduire à des applications sur les sacs plastiques. Parmi ces investisseurs, on retrouve Roquette, fournisseur régional de solutions et de produits issus de la bioraffinerie. « L’opportunité ici est de proposer des brevets à des entreprises qui vont les exploiter sur le plan industriel, puisqu’il y a maintenant une pression règlementaire. Il y a de plus un véritable potentiel en terme de chiffre d’affaires », note François Ténégal.

Quand protection de l’environnement rime avec performance

Bien conscients des enjeux de demain, les industriels cherchent à améliorer les performances globales des matériaux, en plus de leur impact environnemental. Avec des partenaires comme l’Ecole nationale supérieure des Mines de Douai, IFMAS développe par exemple des matériaux allégés et biodégradables pour l’industrie automobile. « Il y a de vraies opportunités pour la chimie du végétal. IFMAS présente une expertise appuyée dans le domaine des matériaux de hautes performances, qui va de l’élaboration en laboratoire jusqu’au prototype en passant par l’analyse de l’impact environnemental » souligne François Ténégal, dont la structure bénéficie d’une enveloppe de 30 millions d’euros jusqu’en 2019 dans le cadre des Investissements d’avenir.

A noter qu’IFMAS propose également, au travers de son offre de services, une large gamme de prestations de services à tous les industriels souhaitant externaliser certains de leurs besoins en R&D.

Contact : contact@ifmas.eu